Editions Economica - sortie avril/mai 2012

PREPARER L’AVENIR Nouvelle Philosophie des décideurs

par Henri Hude

Vendredi 20 avril 2012, par stan // Ressources

Les décideurs du XXIe siècle héritent d’un monde en crise. Comme cela s’est passé plusieurs fois dans l’histoire de l’Occident, un grand système politique, philosophique et culturel est en train de disparaître.

Ancien élève de l’école Normale Supérieure (Ulm, 1974-1979), Henri Hude, agrégé et Docteur HDR en philosophie (Paris-IV Sorbonne), a été professeur à l’Institut Jean-Paul II près l’Université du Latran, ainsi que directeur du collège Stanislas à Paris. Il est aussi le fondateur (en 2004) et le présent responsable du centre d’Ethique et Environnement juridique, au Centre de Recherches des Écoles militaires de St-Cyr Coëtquidan (CREC).

Blog : henrihude.fr

"Préparer l'avenir, nouvelle philosophie du décideur", de Henri HUDE Editions Economica, 18 € - Achat/FNAC Résumé : Ce qui tombe, c’est un monde construit autour de l’idéologie libérale postmoderne : monde de démocratie médiatique, de capitalisme financier, d’individualisme arbitraire et de constructions internationales trop artificielles.

Ce libéralisme idéologique postmoderne est ce qu’est devenu le grand libéralisme politique des Lumières, une fois qu’il a abandonné la Raison et le Devoir. Pour une nouvelle génération de décideurs, il faut une philosophie nouvelle.

Celle-ci apprend à retrouver la pensée classique, en se replongeant dans les trois grandes sources de la pensée occidentale, que sont l’antiquité gréco-romaine, la religion chrétienne et la grande philosophie des Lumières.

Le but de cette philosophie est de reconstruire une culture capable d’équilibrer les principes conservateurs et les principes de liberté, de refonder la légitimité du pouvoir politique, et de dépasser tout ce qui reconduit la société civilisée à l’état de nature.

C’est le travail de tout décideur, dans ces périodes troublées précédant les périodes de renaissance, d’avoir médité sur ces grandes problématiques philosophiques, politiques et morales.

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flyer "Préparer l’avenir, nouvelle philosophie du décideur", de Henri HUDE

EXTRAITS

1. Le respect de la parole donnée : voilà ce qu’il y a de plus nécessaire à l’existence d’une société libre (…).

2. L’enjeu de cet ouvrage est de rendre les décideurs – notamment les futurs décideurs – plus conscients de ce que signifie être chef. Être chef, c’est bien sûr être la tête d’un tout, mais pour cette raison, c’est d’abord quelque chose de physique. Le chef est celui qui prend la tête du groupe et le tire derrière lui. Il s’incorpore au groupe, il l’incorpore à lui, et il se donne à fond. Être chef, cela veut donc dire s’engager, prendre des risques, prendre ses responsabilités, payer de sa personne et montrer l’exemple – autrement, le chef perd sa légitimité. Être tête, c’est penser. La tête conduit et doit donc savoir où l’on est, où l’on va, d’où l’on vient, qui on est, qui sont les autres, par où l’on passe, et comment passer. Pour savoir cela, à partir d’un certain niveau, mais souvent très vite, il est indispensable de pratiquer un exercice de réflexion. Cet exercice s’appelle « philosophie ». Le terme ne doit pas effrayer. L’important, c’est de réfléchir et d’atteindre les buts de la réflexion. Si on y parvient, on aura assez philosophé. Le reste est sans intérêt, pour nous (…).

3. L’autorité, c’est d’abord une affaire de légitimité. Celle-ci a des causes profondes dans la culture et nul ne peut se sentir légitime, ni être reconnu tel, sans se fonder sur ces causes. En période de crise majeure non dominée, il y a toujours une crise d’autorité, qui devient une crise de légitimité, parce que même la culture se trouve mise en question. Inversement, une crise d’autorité et de légitimité, enracinée dans une crise culturelle, est d’ordinaire un facteur de crise majeure.

4. Hobbes observe que l’homme est un animal que sa démesure entraîne au chaos. L’homme est, en effet, un animal sans mesure, pour autant que, privé d’instincts, il ne suit pas la raison, qui a pour fonction de les remplacer. Et, de fait, souvent, il ne suit pas la raison. De cette démesure résulte alors un désordre général, un envahissement de nos domaines mutuels, à la limite une guerre de tous contre tous. C’est là ce que Hobbes appelle « état de nature ». L’art politique consiste à sortir de l’« état de nature », ainsi compris, pour entrer dans l’« état civil », ou état de droit. Cela s’appelle « civiliser », ou « civilisation ». Ce que dit ici Hobbes est un élément capital, pour tout décideur sérieux (…) .

5. Or, la société libérale idéologique est une société dans laquelle se réintroduit, sous divers prétextes, une énorme quantité d’état de nature. Une fois écartées, arbitrairement, ou pour des raisons insuffisantes, les notions de raison et de vérité, ou de liberté de devoir, l’arbitraire devient philosophiquement la norme. On s’imagine garantir la liberté des individus, alors qu’on détruit toute justice et toute sécurité, en vidant de leur sens le respect des promesses et le respect de la vérité des faits (…).

6. L’idéologie libérale postmoderne n’est pas la grande pensée politique libérale, celle qui s’exprime chez Kant, ou, de façon plus empirique, chez de grands Anglo-Saxons. Mais pourquoi ? Parce que le grand libéralisme, surtout celui de la modernité kantienne, était une culture fonctionnelle, qui reposait sur deux piliers : la Raison et le Devoir. Qu’est-ce à dire ? La Raison avait plus ou moins remplacé Dieu. Elle était l’Absolu, ou fonctionnait comme un Absolu. Il y avait des vérités fermes et universelles : la Science, la Morale et la Philosophie humaniste. (…) La Raison produisait les lois morales universelles, les mêmes pour tous. Y obéir, pour l’individu, c’était obéir à Dieu, obéir à la partie la plus profonde et la plus haute de soi-même, le fond de l’individu étant la Raison elle-même (…) .

7. L’individu juste comprend que la liberté humaine, rationnelle, se constitue en prenant la Loi comme principe d’une action raisonnée ; l’état de société libre (conçue à partir de la liberté de devoir) est alors l’objet visé par sa volonté morale politique. Une politique de liberté se trouve impliquée par la signification même de la liberté morale. Cette politique n’est bien sûr pas une politique de transgression – de dé-civilisation et de retour à l’état de nature (…).

8. Admettre la loi morale naturelle conduit aussi à reconnaître, quelque part hors des individus humains, l’existence d’une puissance morale législative : Nature, Dieu, Raison, dont émanent des lois morales universelles, objectives, supérieures aux individus, pliant leur arbitraire à la justice, et sources de leur liberté, tant intime (autodétermination), que sociale et politique. Et ceci fait partie de la structure de la légitimité [Ch. 5].

9. L’homme (…) désire une autonomie et une autodétermination dans lesquelles il y ait place pour du rêve, pour de l’horizon, pour de l’infini. C’est pour cela que – les décideurs doivent y méditer – la société libre n’est en équilibre que si elle vise avec sagesse quelque chose d’un peu fou. Si son sens du possible inclut la perspective d’un impossible indispensable. Cela relève moins de la politique pure que de la religion et de la culture (…).

10. Quelles sont donc les règles fondamentales, pour sortir de crise ? Et, aussi, pour retrouver aussi une vie un peu plus simple, seule durable ? Elles sont au nombre de deux, la règle éthique et la règle mystique. – La règle éthique. Accepter certaines limites naturelles, consentir de nouveau à des sujétions, mais rationnelles, qui rendent les individus réellement autonomes, après avoir constaté à quelles impasses et destructions conduit l’utopie de l’indépendance. En un mot, retrouver la loi naturelle. – La règle mystique. Rouvrir en même temps la culture, avec sagesse et discernement, à la recherche de l’absolu, à la dimension mystique de la vie. Et trouver moyen de repenser l’économie et les autres sphères de l’existence en fonction d’un certain besoin de liberté infinie (…).

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