La vocation du dirigeant d’entreprise - une réflexion

Conseil Pontifical « Justice et Paix »

Dimanche 6 mai 2012, par stan // Ressources

Le 30 mars 2012, le Cardinal Peter K. A. Turkson, Président du Conseil Pontifical « Justice et Paix », en s’adressant à un auditoire de 2000 entrepreneurs chrétiens qui participaient au XXIV Congrès Mondial de l’UNIAPAC qui s’est déroulé à Lyon (France), a présenté le volume "Vocation of the Business Leader. A Reflection" (La vocation du dirigeant d’entreprise : une réflexion).

Le texte, de 32 pages, veut être un vade-mecum destiné aux dirigeants d’entreprise qui cherchent à intégrer leur foi dans leur travail, ainsi qu’aux professeurs dans leur activité d’enseignement sein des écoles et des universités. Le volume découle du Séminaire international "Caritas in veritate : The logic of Gift and the Meaning of Business" qui s’est tenu à Rome du 24 au 26 février 2011, avec la participation d’entrepreneurs et de professeurs universitaires.

Les participants à ce séminaire ont pris la décision de préparer un guide destiné aux dirigeants d’entreprise mais aussi aux professeurs d’économie, qui souligne le rôle important de la vocation pour l’entrepreneur dans le contexte de l’économie mondialisée actuelle ainsi que la contribution des principes fondamentaux de la Doctrine sociale de l’Église à l’organisation des activités de l’entreprise moderne.

Le comité d’Ethicpedia remercie chaleureusement le conseil Justice et Paix pour la production et libre diffusion de ce document.

La vocation du dirigeant d'entreprise : une réflexion

Conseil Pontifical « Justice et Paix »

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Résumé

Lorsqu’elles fonctionnent correctement et sont axées sur le bien commun, les entreprises et les économies de marché contribuent grandement au bien-être matériel voire même spirituel de la société. Cependant, des expériences récentes ont aussi mis en évidence les conséquences fâcheuses qui résultent de l’exploitation dysfonctionnelle des entreprises et des marchés. Les développements transformateurs de notre époque, notamment la mondialisation, les technologies de la communication et la financiarisation, ont des retombées sur le plan économique et social qui ne sont pas uniquement positives, c’est-à-dire, l’inégalité, les perturbations économiques, la surinformation, l’instabilité financière et de multiples autres sources de pression qui nous éloignent du bien commun. Les dirigeants et dirigeantes dans le domaine des affaires qui sont guidés par des principes sociaux éthiques traduits par une vie vertueuse, illuminée dans le cas des chrétiens par l’Évangile, peuvent néanmoins réussir et contribuer au bien commun.

Les obstacles au bien commun existent sous maintes formes – l’absence de règles de droit, la corruption, les tendances vers l’avarice, une mauvaise gestion des ressources. Mais l’obstacle le plus important pour un dirigeant d’entreprise, sur le plan personnel, est de mener une double vie. La division entre la foi et les activités d’affaires quotidiennes peuvent entraîner des déséquilibres et un déplacement vers une dévotion à la réussite matérielle. L’autre chemin, celui d’un leadership-serviteur fondé sur la foi, offre aux chefs d’entreprise une perspective plus large et les aide à trouver un équilibre entre les exigences du monde des affaires et les principes sociaux éthiques, illuminés pour les chrétiens par l’Évangile. Cette réflexion explore la solution à cet obstacle à travers trois thèmes : voir, juger, agir, bien qu’il soit évident que ces trois thèmes sont intimement interreliés.

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Extrait [...] 47. En reconnaissant la dimension subjective du travail, on met en valeur sa dignité et son importance. Cela nous aide à comprendre que le travail est avant tout « pour l’homme » et non l’homme « pour le travail ». Les salariés ne sont pas que des « ressources humaines » ou du « capital humain ». Par conséquent, le travail doit être conçu en fonction des capacités et des qualités des différents êtres humains. Nous ne devons pas simplement exiger que les personnes s’adaptent à leur travail comme si elles étaient des automates. Le bon travail donne une portée à l’intelligence et à la liberté des travailleurs, le contexte du travail contribue à la promotion de relations sociales et à une véritable collaboration, et il ne nuit pas à la santé ou au bien-être physique du travailleur. Les chefs d’entreprise doivent être capables d’affecter la bonne personne au bon poste, c’est-à-dire un poste qui lui permet de se développer. Les chefs d’entreprise doivent disposer de la liberté et l’habilitation pour ce faire. Le bon travail est orienté vers la satisfaction des véritables besoins humains afin que le travailleur puisse contribuer à l’épanouissement et au développement des autres, tout en gagnant un salaire qui lui permet de subvenir ses besoins et ceux de sa famille. Il faut que le bon travail soit suffisamment bien organisé et géré pour qu’il puisse être productif, de façon que le travailleur puisse gagner sa vie. De plus, il faut que les structures et les mécanismes de rétribution garantissent que les personnes s’appliquant à leur travail de façon sincère reçoivent aussi de l’estime et de la rémunération nécessaires de leurs entreprises. L’encyclique Mater et magistra s’ exprime de manière parfaitement claire sur ce point : « C’est pourquoi si les structures, le fonctionnement, les ambiances d’un système économique sont de nature à compromettre la dignité humaine de ceux qui s’y emploient, à émousser systématiquement leur sens des responsabilités, à faire obstacle à l’expression de leur initiative personnelle, pareil système économique est injuste, même si, par hypothèse, les richesses qu’il produit atteignent un niveau élevé, et sont réparties suivant les règles de la justice et de l’équité. »

[....] 87. A notre époque, les étudiants en administration des affaires assimilent des théories vigoureuses et reçoivent une formation de haut niveau dans les compétences techniques. Mais malheureusement, certains quittent l’université sans la formation éthique et spirituelle qui garantirait que leurs connaissances et leurs compétences soient utilisés au service du bien-être des autres et du bien commun. En effet, certains quittent leur université avec une formation qui les prédispose de vivre dans la division intérieure, au lieu de disposer des éléments fondamentaux qui pourraient les aider à mener une vie intégrée. Une considération des idées présentées dans cette réflexion peut contribuer à une formation plus complète de ces étudiants, pour qu’ils deviennent des chefs d’entreprise compétents qui fondent leurs décisions sur des principes. Il faut que les enseignants inspirent leurs étudiants à découvrir le bien qui est en eux et à suivre l’appel à utiliser leurs compétences professionnelles et leurs capacités de discernement comme une force bienfaisante pour le monde.

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