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Démocratie et Bien Commun

Écrit par Jérôme REVY

Vendredi 19 septembre 2008 // Articles & Commentaires

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Démocratie et Bien Commun

"Après la chute du totalitarisme communiste et de nombreux autres régimes totalitaires et de « sécurité nationale », on assiste actuellement, non sans conflits, au succès de l’idéal démocratique dans le monde, allant de pair avec une grande attention et une vive sollicitude pour les droits de l’homme. Mais précisément pour aller dans ce sens, il est nécessaire que les peuples qui sont en train de réformer leurs institutions donnent à la démocratie un fondement authentique et solide grâce à la reconnaissance explicite de ces droits. Parmi les principaux, il faut rappeler le droit à la vie dont fait partie intégrante le droit de grandir dans le sein de sa mère après la conception ; puis le droit de vivre dans une famille unie et dans un climat moral favorable au développement de sa personnalité ; le droit d’épanouir son intelligence et sa liberté par la recherche et la connaissance de la vérité ; le droit de participer au travail de mise en valeur des biens de la terre et d’en tirer sa subsistance et celle de ses proches ; le droit de fonder librement une famille, d’accueillir et d’élever des enfants, en exerçant de manière responsable sa sexualité. En un sens, la source et la synthèse de ces droits, c’est la liberté religieuse, entendue comme le droit de vivre dans la vérité de sa foi et conformément à la dignité transcendante de sa personne ...

Même dans les pays qui connaissent des formes de gouvernement démocratique, ces droits ne sont pas toujours entièrement respectés. Et l’on ne pense pas seulement au scandale de l’avortement, mais aussi aux divers aspects d’une crise des systèmes démocratiques qui semblent avoir parfois altéré la capacité de prendre des décisions en fonction du bien commun. Les requêtes qui viennent de la société ne sont pas toujours examinées selon les critères de la justice et de la moralité, mais plutôt d’après l’influence électorale ou le poids financier des groupes qui les soutiennent. De telles déviations des moeurs politiques finissent par provoquer la défiance et l’apathie, et par entraîner une baisse de la participation politique et de l’esprit civique de la population, qui se sent atteinte et déçue. Il en résulte une incapacité croissante à situer les intérêts privés dans le cadre d’une conception cohérente du bien commun. Celui-ci, en effet, n’est pas seulement la somme des intérêts particuliers, mais il suppose qu’on les évalue et qu’on les harmonise en fonction d’une hiérarchie des valeurs équilibrée et, en dernière analyse, d’une conception correcte de la dignité et des droits de la personne." Ces lignes sont tirées de Jean Paul II, une encyclique qui s’appelle Centesimus Annus (1991)

De ces lignes, nous pourrions tirer quelques réflexions sur le rapport entre Démocratie et Bien Commun et avant tout nous pourrions nous expliquer sur le terme exact de Démocratie.

Démocratie

En effet, lorsque Jean Paul II parle de démocratie, c’est au sens de la démophilie, c’est à dire de la démocratie sociale, celle qui a pour but de donner à l’ensemble des classes sociales des conditions de vie requises par la charité et la justice. Cette démocratie n’est pas un régime politique mais un comportement politique et social.

La démocratie politique, au sens où Aristote l’entends, est une forme de gouvernement possible, mais prenons garde à ne pas confondre la démocratie avec le démocratisme, c’est à dire une fin en soi.

Par ailleurs, et c’est d’actualité, nous voudrions signaler que l’approche de Rousseau sur le mythe de la Volonté Générale qui inspire largement notre façon de vivire la démocratie en France reste un mythe.

Cette question mérite discussion :

Les crises des régimes démocratiques telles que nous les connaissons en Europe n’ont-elles pas pour source une conception relativiste et erronée du Bien Commun ?

Comme le souligne Jean Paul II les droits fondamentaux de la personne humaine ne sont pas toujours respectés. Déviance de la Démocratie ? Relativisme morale ? Absence des vertus civiques de ceux qui exercent l’autorité ?

Il semblerait que nous assistions à un délitement des fondements de la démocratie au profit d’une définition proprement contractuelle donc arbitraire de celle-ci.

De l’homme d’Aristote à l’homme de Rousseau

De l’homme d’Aristote à l’homme de Rousseau, tout les séparent et c’est peut être en redécouvrant une anthropologie plus conforme à la finalité de la personne humaine que nous pourrons redonner un sens à la démocratie, et ainsi opposer aux philosophies individualistes actuelles une conception plus conforme du bien commun à la finalité de la personne humaine.

Le problème de l’exercice de la démocratie sans respects des normes éthiques fondamentales

La démocratie telle que nous la connaissons en France, dans son exercice, nie l’existence d’une morale naturelle sur les questions qui intéressent la justice sociale. L’exemple de l’IVG est démonstratif de cet état de fait alors que par ailleurs la pédophilie est encore condamnée. On peut se poser la question de savoir selon quelle règle commune juge t’on ses deux délits ?

Selon toute vraisemblance, on peut également se demander si les évolutions du droit ne répondent pas tout simplement aux règles de l’arbitraire ?

N’assiste t’on pas finalement à un alignement du droit sur le fait, le droit commandant donc au fait ? Ce qui était interdit hier peut être autorisé demain. Selon quelle règle peut on déterminer la valeur d’un acte morale lorsque celle-ci autorise un jour ce qui était interdit jusqu’alors ? Ainsi une loi non votée aujourd’hui n’est pas une loin, alors que dans la conception classique du droit selon Thomas d’Aquin un loi injuste n’est pas une loi.

On a ainsi substitué à la justice la décision arbitraire d’une majorité, c’est pourtant l’un des principes de notre démocratie.

Le problème de l’arbitraire dans l’exercice de l’autorité

Si une démocratie nie toute transcendance et toute existence d’une morale naturelle, c’est alors la règle de l’arbitraire qui s’exerce dans la définition du bien commun.

Une loi, aussi injuste soit elle demeure une loi tant qu’elle est voulue par celui qui a le pouvoir de légiférer.

Ainsi pourrait on assister à une prise d’otage de la Démocratie au service d’un pouvoir politique par la légitimation populaire, c’est ce que notre société européenne à vécu dans les 50 dernières années au travers des 2 crises importantes que furent le nazisme puis le communisme.

Cette légitimation populaire pour l’exercice d’un pouvoir politique pouvant mettre fin à la propre existence de cette démocratie pose la question de la liberté, qui porte en elle sa propre capacité à s’alliéner.

Se pose également la question du conditionnement de l’individu soumis à la violence de ses propres passions

La question de l’exercice de la vertu dans l’exercice de l’autorité.

C’est ainsi que nous venons de le voir que la corruption du gouvernement est le résultat de l’absence de l’exercice des vertus civiques, telle que le conçoit Aristote dans « La République »

La liberté (dans sa conception classique) est la condition nécéssaire à l’exercice du bien commun dans toute société démocratique.

Si cette liberté est altérée par l’influence grandissante des lobbies, largement médiatisées, altérant ainsi la capacité d’une personne à rechercher la vérité, alors l’exercice des vertus civiques n’est plus possibles, conduisant ainsi l’alliénation de la démocratie. Jean Paul II insiste dans "Mémoire et Identité" sur le fait que c’est par ce principe démocratique détournée de son sens que les principales idéologie meurtrière de l’Europe sont nés : la nazisme et le communisme.

Attention, nuançons nos propos, il ne s’agit nullement de remettre ici en cause l’exercice de la démocratie, mais de retrouver le sens du bien commun comme condition fondamentale de l’exercice de la démocratie. La redécouverte du sens commun, de la responsabilité individuelle dans l’exercice de la démocratie est un effort sur lequel chacun doit compter pour faire ensemble une société plus humaine, plus juste. C’est le sens de la justice sociale. La liberté, l’éducation à la recherche de la vérité et la recherche du compromis sont les conditions indispensables de la réussite d’une société démocratique.