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5 propositions pour réformer l’entreprise La refondation du capitalisme passera par la réforme de l’entreprise

Jacques Benoit

Mercredi 11 février 2015, par stan // Ressources

Prologue de Jacques Benoït :

J’ai voulu et j’ai eu une entreprise différente ; une entreprise où chacun se sentait respecté, bien dans sa peau, où tout le monde se sentait à égalité dans des responsabilités différentes ; mais en tant que patron je pouvais remettre en question chaque salarié ; et ces mêmes salariés pouvaient me remettre en question : j’étais le patron parce qu’ils le voulaient bien. Il n’y avait pas de luttes de classes. Pendant longtemps j’ai cru faire passer ce message d’unité en contactant des hommes politiques de tous bords, des syndicalistes, en faisant appel aux médias (de nombreux reportages radios, télés, journaux ont été réalisés sur notre entreprise). Après avoir quitté l’entreprise, pendant quinze ans j’ai témoigné de mon expérience professionnelle originale dans les écoles de commerce et d’ingénieurs. Malgré tous mes efforts, personne n’a repris cette idée d’entreprise démocratique. Au mieux, j’ai suscité un élan de sympathie. Alors que j’arrive au soir de ma vie j’écris ce livre comme un testament espérant qu’il fera office de guide pour les générations futures.

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Aux éditions EMS

Jacques Benoit a toujours eu l’intime conviction d’avoir une « mission » pour changer l’entreprise. Il a œuvré toute sa vie pour une entreprise plus humaine, qui serait composée de deux partenaires et non deux adversaires. Les évènements de sa vie l’ont confirmé dans cette « mission ».

En effet, il est devenu PDG par accident : à l’école il était un cancre et rien ne laissait supposer qu’il serait un jour chef d’entreprise. C’est ainsi qu’il a instauré la démocratie dans sa société et est devenu le patron noté et élu par ses salariés.

Au bout de 27 ans, les évènements et les circonstances l’ont amené à quitter l’entreprise. Il s’est ensuite appuyé sur son parcours atypique pour promouvoir un management plus humain à travers l’éthique. Il est ainsi devenu intervenant dans des écoles de commerce et d’ingénieurs, lui permettant aussi de « théoriser » et d’affiner sa pensée.

A l’âge où beaucoup jouissent d’une retraite méritée, il publie cet essai qu’il destine aux générations futures à la manière d’un testament. Son combat : la démocratie dans l’entreprise deviendra une réalité comme elle est devenue incontournable sur le plan politique.

Les 5 grandes propositions de Jacques Benoit pourront surprendre, bousculer voire choquer. Mais avant tout, il invite les acteurs de l’entreprise à étudier et débattre sur la base des arguments qu’il développe, basés sur une vision éthique et humaniste.

Article dans Metronews

Imaginez. Chaque année, vous êtes appelés à voter au sein de votre entreprise. Sujet de la consultation  : votre propre patron et sa reconduction pour l’année suivante à la tête de votre boîte. En cas de mauvais score, celui-ci voit son poste remis en jeu lors d’une nouvelle élection. Cette proposition, qui peut paraître fantaisiste, a pourtant été mise en œuvre pendant près de trente ans par Jacques Benoît. Entre 1970 et 1998, ce chef d’entreprise s’est chaque année soumis au jugement de ses employés.

"Pourquoi opposer actionnaires et salariés  ? Ils devraient être à égalité, explique-t-il à metronews. Or, à ce jour, seuls les actionnaires décident de la vie de l’entreprise." Dans un livre sorti fin janvier, il détaille cinq propositions pour "réformer" les entreprises. "Le capitalisme qui donne tout pouvoir à la finance est complètement dépassé", estime-t-il.

Transparence sur les salaires

Ses propositions sont en grande partie issues de son expérience. En 1976, Jacques Benoit crée sa propre entreprise, qui importe et transforme des graines salées. Il va en faire son "laboratoire social". Outre les votes, qui ont lieu chaque année, il réunit tous les salariés trois fois par an. Au cours de ces réunions, on discute des augmentations, mais aussi des décisions stratégiques de l’entreprise. "Les salariés doivent pouvoir s’opposer à la délocalisation de l’entreprise ou au choix d’un nouveau partenaire, estime-t-il. Ce sont eux qui, par leurs talents et leur travail, font la richesse de l’entreprise. En en cas de difficultés, sont aussi eux les premiers touchés".

En 1986, il réussit même à faire accepter une baisse générale de salaire pour sauver l’entreprise, en difficulté financière. "Elle a été votée par la majorité des salariés et la CFDT a même approuvé le texte, raconte-t-il. Il faut arrêter de croire que les salariés ne sont pas à même de comprendre les enjeux d’une entreprise". Il propose également d’instaurer l’adhésion obligatoire à un syndicat ou encore de noter les cadres de la société.

"Personne ne parle de refondation de l’entreprise"

Ce patron "peu politisé" imagine très bien son modèle transposé aux grandes multinationales. "Avec cette technique, le patron aurait une autorité morale bien plus importante  ! La véritable autorité, c’est une autorité d’adhésion, tranche-t-il. Tout le monde, de Sarkozy à Mélenchon dénonce les dérives du capitalisme, dénonce-t-il. Mais personne ne parle de refondation de l’entreprise".

Son expérience inédite a pris fin en 1998, avec un dépôt de bilan. Car si le patron est noté - et reconduit - rien n’exclut qu’il puisse faire des erreurs. "J’ai vécu un échec, concède-t-il. Mais je ne suis pas un échec moi-même. Il faut savoir rebondir". Il tente par la suite de faire connaître son modèle en organisant des conférences dans les écoles de commerce, où il propose là encore aux élèves… de noter ses cours.

Cinq propositions pour réformer l’entreprise, de Jacques Benoît, aux éditions EMS, 9,50 euros

Les cinq propositions de Jacques Benoît

1. Élection du PDG par les actionnaires et les salariés. Tous les ans, les salariés votent à bulletin secret sur la confiance qu’ils accordent à leur dirigeant. Si ce dernier n’obtient pas "la moyenne", des élections sont organisées pour désigner un nouveau PDG.

2. Adhésion obligatoire pour les salariés à un syndicat. Pour Jacques Benoît, cela permet de rendre "réellement parte prenante" les salariés à l’entreprise.

3. En finir avec le mythe de la finalité financière de l’entreprise. Il faut clairement afficher "la finalité sociale" de l’entreprise" estime l’ancien dirigeant, en "définissant sa mission et tous ses engagements vis-à-vis de toutes ses parties prenantes (salariés, clients, actionnaires…)"

4. Consultation des salariés sur les décisions stratégiques de l’entreprise avec droit de veto pour eux. Jacques Benoît réunissait trois fois par an tous les salariés de son entreprise. On y parlait salaires, augmentations, investissements et décisions stratégiques. Il imagine que les salariés puissent poser leur veto, par exemple pour les décisions de délocalisation.

5. Mise en place de la notation des cadres par leurs collaborateurs. L’évaluation est déjà pratiquée dans les pays anglo-saxons, entre supérieur, collègues et collaborateurs. Mais Jacques Benoît propose de la limiter aux collaborateurs. "Un moyen efficace pour optimiser les compétences de tout manager" estime-t-il.