thèse 2008 - archives de l’Université de Montréal

Analyse comparative des vertus morales particulières dans l’Éthique à Nicomaque et l’Éthique à Eudème

par Louise Rodrigue

Jeudi 23 avril 2015, par stan // Ressources

L'éthique des vertus

Source papyrus

Thèse à télécharger Résumé

Cette analyse comparative porte sur la notion de vertu morale telle qu’elle est développée par Aristote dans l’Éthique à Nicomaque et l’Éthique à Eudème. Mettant entre parenthèses la question chronologique, nous adoptons une hypothèse de travail relativement récente, celle de la complémentarité des deux traités, ce qui permet de considérer l’apport respectif de chacun d’eux.

L’objectif principal de cette thèse est de déterminer le concept de médiété, qui définit la vertu morale, dans la totalité de ses applications. Nous procéderons pour ce faire en deux étapes. Premièrement nous examinerons la définition générale de la vertu morale, afin d’en identifier les divers éléments, ce qui donnera à voir l’importance de la médiété dite pros hemas. L’étude des principales interprétations dont est susceptible la célèbre formule démontrera que la médiété éthique est relative à la partie irrationnelle de l’âme humaine. Le complément de définition, qui situe la vertu comme médiété entre deux vices, l’un par excès, l’autre par défaut, sera également exploré ; cette démarche permettra de dégager la structure synthétique de la médiété, par où le caractère réducteur du traditionnel schéma triadique apparaîtra. Deuxièmement, chacune des neufs vertus morales particulières seront traitées ; il sera d’abord question du courage et de la tempérance, puis de la générosité, de la magnanimité, de la magnificence et de la douceur, et enfin de l’amabilité, de la franchise et de l’enjouement. Les développements, qui mettront à contribution les apports propres à chaque Éthique, s’articuleront selon quatre axes principaux : nous déterminerons dans un premier temps le contexte de réalisation de chaque vertu, pour ensuite définir les affects ou les actions qu’elles mettent enjeu, ce qui nous mènera à démontrer que, contrairement à l’idée reçue, ces éléments constitutifs ne sont pas contraires, mais complémentaires ; suivra une description de la médiété proprement dite, dans le cadre de laquelle nous tâcherons, par l’analyse des divers paramètres qui informent chaque vertu, d’offrir un portrait concret du vertueux, et par suite des vilains ; finalement nous nous intéresserons à ce qui fait de la médiété un sommet dans l’ordre du bien, savoir le motif de toute vertu, la beauté morale. Cette étude du particulier, en plus de souligner le fait que toutes les médiétés ne sont pas pareillement significatives eu égard à la définition générale, contribuera à dégager certaines caractéristiques récurrentes de la vertu morale. Ainsi, en précisant comment chacune des vertus particulières illustre l’idée de médiété, nous serons en mesure de renouveler en partie la compréhension de cette notion, c’est-à-dire de montrer qu’elle comporte trois aspects : d’abord elle constitue, eu égard aux affects et actions qu’elle implique, un métaxu, un milieu entre le trop et le trop peu ; ensuite, elle se donne comme une synthèse paramétrée de ses éléments constitutifs ; enfin elle est moyenne entre au moins deux extrêmes. Une telle vérification par le particulier fera apparaître la médiété éthique dans toutes ses applications, et départagera la Perspective propre à chaque ouvrage concernant cette notion.