Thèse 2009

Devoir et pouvoir : Existe-t-il des dilemmes moraux insolubles ?

par Marco Bélanger

Mercredi 22 février 2017, par stan // Ressources

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RÉSUMÉ Pour la plupart d’entre nous, il ne fait aucun doute que la vie humaine, de par sa complexité, peut mener à des dilemmes moraux insolubles. Du côté des philosophes, c’est-à-dire de ceux qui ont pour tâche de traiter de questions éthiques, épistémologiques, phénoménologiques, conceptuelles, entre autres, il s’en trouve plusieurs pour avancer des arguments en ce sens. Pourtant, s’ils ont raison, leur position conduit à un curieux paradoxe : l’insolubilité de dilemmes moraux est logiquement incompatible avec deux principes déontiques pourtant intuitivement plausibles : le principe « devoir implique pouvoir » et le principe d’agglomération, principe selon lequel une conjonction d’obligations revient à une seule obligation conjonctive. Pour échapper à ce paradoxe, de trois choses l’une, semble-t-il : 1) rejeter l’insolubilité de dilemmes moraux ; 2) rejeter le principe « devoir implique pouvoir » ; 3) rejeter le principe d’agglomération. Autrement dit, pour rejeter l’insolubilité de dilemmes moraux, il suffirait de démontrer la plausibilité des deux principes déontiques, alors que pour soutenir l’insolubilité de dilemmes moraux, il suffirait de démontrer le manque de plausibilité de l’un des principes déontiques. La thèse que je présente ici se propose de prendre position contre l’insolubilité de dilemmes moraux en faisant valoir qu’il ne suffit pas de démontrer la plausibilité des deux principes déontiques pour rejeter cette insolubilité. Autrement dit, il est possible d’avancer, à propos des deux principes déontiques, une interprétation qui ne soit pas contradictoire avec l’insolubilité de dilemmes moraux. Dans ce cas, il faut dépasser le cadre du tri lemme ci-dessus si on veut rejeter l’insolubilité de dilemmes moraux.

Dans cette thèse, je vais donc, en premier lieu, soutenir la plausibilité des deux principes déontiques en jeu. J’avancerai notamment un argument inédit en faveur du principe « devoir implique pouvoir ». Quant à la position que je défendrai pour soutenir la plausibilité du principe d’agglomération, elle m’amènera à faire valoir la compatibilité logique des deux principes déontiques avec l’insolubilité de dilemmes moraux. En deuxième lieu, je réfuterai les arguments avancés en faveur de l’insolubilité et qui sont indépendants des deux principes déontiques. Pour ce faire, j’userai d’une méthodologie distincte de l’argumentaire typique des opposants à l’insolubilité de dilemmes moraux : d’une part, je ne recourrai pas à une théorie normative particulière ; et d’autre part, je ne ferai pas appel à la plupart des a priori propres à ces opposants dits rationalistes. Je ferai en sorte de retenir le plus possible les prémisses de l’argumentaire des défenseurs de l’insolubilité de dilemmes moraux, dont celles se rapportant aux données de l’expérience morale et aux variables contextuelles, sans pour autant verser dans le particularisme moral. Enfin, je défendrai que la solution aux apories soulevées par les dilemmes moraux tient à l’obligation disjonctive, une solution que plusieurs auteurs avancent et que j’approfondirai au moyen d’une interprétation originale. Cela me permettra de répondre aux différentes objections, notamment aux plus récentes qu’on a. émises et qui sont restées inattaquées.